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 Far away from home [Maera]

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Domenic T. Darius
Ophidian
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MessageSujet: Far away from home [Maera]   Dim 29 Aoû - 17:21

    Il y avait une sorcière là-haut, dans la forêt. Elle utilisait forcément sa satanée magie à cet instant même. Pour en faire quoi ? Le soldat n’en avait pas la moindre idée. Tout ce qu’il savait, c’était que ce médaillon qu’il portait au cou était soudainement devenu aussi glacial que la banquise. Enfin, quand la banquise existait. Contrairement à Thorn, Saratium avait un hiver. La neige était quelque chose de surprenant, surtout quand on n’avait connu que la sphère de température artificielle de son ancienne planète. Il soupira. Il n’était pas ici avec ses hommes pour capturer ces satanées sorcières. Il était là parce qu'il voulait que ses hommes se reposent avant de rentrer de leur patrouille. Il était loin de chez lui. Ils campaient dans un creux entre deux collines, observaient tout autour d’eux grâce aux astucieux systèmes de caméras de sa mécano, Kami. Systèmes d’écoute, systèmes d’alarme, systèmes d’en voulez-vous en v’là ! Il n’avait jamais rien à lui demander; elle pensait toujours à tout. Il poussa un juron et passa la main dans son cou. Sous sa veste, le médaillon lui glaçait la peau. Il savait que même en le mettait par-dessus son uniforme militaire il en sentirait le froid. Ses gars se moquaient parfois de ce collier ridicule. Ridicule, il l’était. C’était un médaillon circulaire, séparé en deux moitiés ondulantes, comme deux larmes. Une noire et une blanche. Le cercle était entouré d’un serpent se mordant la queue. Pour les deux larmes, il avait étudié quelques livres trop ancien pour qu'un autre s'y intéresse. Symbole du ying et du yang, symbiose entre la notion de bien et la notion de mal, part d’ombre et de lumière en chaque être. Le serpent représentait un cycle sans fin, toujours d’après un vieil ouvrage spirituel aux références douteuses. Croyances absurdes. Tout le monde savait que le serpent était relié au corps de la femme, à cause de ses courbes ondulantes et de sa grâce… C’était du moins ce à quoi on l’associait à présent, dans ce monde froid et terne. Saratium, la planète des colons, possédait une certaine chaleur, encore, car toute la planète n’avait pas été colonisée. Mais elle deviendrait bientôt à l’image de Thorn, leur planète hôte. Froide et sans vie. Il y avait encore de la campagne. C’était de là que sa famille provenait. Colons peu favorisés par le sort. Enfin, peu importait … Il y était né, avait fait son chemin. Sa famille s’en tirait plutôt bien. Maintenant qu’il était l’homme de la maisonnée.

    Il tourna le médaillon entre ses doigts. Il était redevenu une simple pièce d’argent. Elle avait terminé ce qu’elle faisait, la lumière seule sachant ce qu’elle était occupée à faire. Un coup fourré de sorcière, fort probablement. Elles étaient toutes fourbes. Il s’était hissé au haut de la colline pour observer l’horizon. Elle devait se trouver quelque part par là.

    -Logan ! Fais armer le tank et tire un coup dans cette direction.

    S’ils visaient à côté, ils la feraient au moins sortir de son trou, s’approcher pour voir ce qui se passait. Logan le questionna du regard. Comme lieutenant colonel, il n’aurait pas eu de comptes à leur rendre. Mais il considérait ces gars-là comme ses frères. Il tripota le médaillon en redescendant le pan de colline. Il ne pouvait pas leur en parler. Ce genre d’objet était absolument illégal. Il ignorait comment un symbole d’éternité et un symbole du bien et du mal pouvaient y arriver, mais le médaillon le protégeait de la magie de ces maudites sorcières. Il le prévenait, aussi, en devenant glacé, qu’une femme s’adonnait à ses pratiques vaudou dans un rayon de plus ou moins un klick, c’est-à-dire un kilomètre, ou mille mètres, ou encore un peu plus de la moitié d’un mile. Il dit à Cole qu’il avait vu quelque chose bouger dans ce coin. Quoi que ce fut, si c’était le truc qui terrifiait les villageois, (certaines personnes affirmaient avoir vu de grandes créatures efflanquées... des histoires de gamins) eh ben il serait plus facile pour Kami de l’étudier mort en petits morceaux que vivant en un seul morceau. N’importe quoi … Mieux valait viser à côté, en fait. Les sorcières, quand il en croisait, il s’efforçait de les ramener vivantes. L’impératrice s’était prise d’une passion pour ces sous-êtres. Elle les mettait à la laisse et les forçait à agir selon son bon vouloir. On les exposait, les humiliait. Il ne comprenait pas ce désir, mais lui, il savait qu’il voulait lui plaire et attirer ses bonnes grâces sur sa famille. La lumière bénisse l’impératrice et le trône sur lequel se posait son impérial postérieur. Magnifique pièce de femme, cela avait besoin d’être précisé.

    Il donna quelques ordres précis à ses hommes, ceux-ci se dispersèrent. Lui, dès que l’explosion aurait frappé et attiré l’attention, il irait dans la forêt, prendrait la sorcière par surprise et l’empêcherait de nuire. Normalement, il avait un autre médaillon avec lui, pour neutraliser la sorcière – par la lumière, il ne voulait pas savoir comment cela fonctionnait; moins il en savait et mieux il se portait – mais ça n’était pas le cas aujourd’hui. Un peu saoul, quelques nuits plus tôt, il l’avait donné à une prostituée en guise de paiement. Il ne se devait aucune félicitation. Il devait penser à quelque chose. Ces femmes n’étaient jamais seules. Elles avaient toujours des hommes pour les protéger.

    -Prenez ce qui sortira de la forêt vivant. Ça pourrait servir.

    Même si les sorcières envoyaient toujours les hommes à l’avant, comme de la chair à canon, il croyait que ces hommes pourraient lui servir pour la tenir à carreau, pour l’empêcher d’utiliser ses damnés pouvoirs contre eux tous. Les choses se mettaient en place. Le camp était en grande activité. Darius se tenait prêt à partir au trot dès que la charge explosive serait lancée. Quand il disait qu’il n’avait besoin de personne, personne ne le contredisait. Pas même Kami. C’était tout simplement qu’il savait être plus efficace. Quand il avait besoin de quelqu’un, il le savait toujours à l’avance. Là, ça n’était pas le cas.

    La déflagration lui défonça les oreilles, malgré les bouchons qu’il portait. Il s’élança. En même temps, à l’opposé de sa position, une ombre s’élançait aussi, à travers la fumée. Mais il ne remarqua rien, trop concentré qu’il était sur son objectif. Atteindre la forêt sans être vu. Pas difficile avec cet écran de fumée et ces flammes. Ses oreilles bourdonnaient. Il réalisa soudainement que quelqu’un essayait de lui parler dans son oreillette. Il enleva ses bouchons. C’était Kami.

    -C’est un de ces nabots. Probablement avec une sorcière un peu plus loin … on fait quoi avec le nabot ?

    -Comme j’ai dit. Vous le prenez vivant.

    -Ok boss.

    Il coupa la communication. Il venait d’entrer sous le couvert des arbres. Il se plaqua contre un tronc, arrêta sa respiration afin d’écouter ce qu’il y avait autour de lui. Des battements d’ailes d’oiseaux qui prenaient la fuite, des animaux qui détalaient de toute la vitesse de leurs quatre pattes. Il fit le tri dans tout ça, sépara sa respiration d’une autre, plus lointaine. Il était entraîné. Il avait de l’expérience. Il connaissait la traque. Il la trouverait bien vite.

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Maera Sedai
Quasar
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MessageSujet: Re: Far away from home [Maera]   Mar 31 Aoû - 18:35

-Vous devriez considérer cette mission comme un honneur, mon enfant. Peu des nôtres en ont eu le privilège.

Ceux qui en héritèrent étaient probablement morts à l’heure actuelle, c’était la pensée qui frappa d’abord l’esprit tétanisé de Maera Sedai. La jeune fille, ou plutôt la nouvelle Ai Sedai de l’Ajah Bleue, ne pouvait concevoir qu’on l’expatriait au loin, sur une autre planète, dans une dimension totalement et effroyablement différente de la sienne. Oh, bien sûr, elle s’attendait à visiter le nouveau monde d’ici peu et non qu’on l’expulse sans ménagement à peine le châle sur les épaules.

La décision de l’Amyrlin était irrévocable : Maera Sedai, accompagnée de son Lige, partaient pour Saratium afin de découvrir le mystère entourant la disparition de nombreuses sœurs. Ce sujet inquiétait de plus en plus les sœurs et rares maintenant étaient celles osant s’aventurer sur ce territoire inconnu et visiblement hostile. Des rumeurs parvenaient jusqu’à leurs oreilles, les yeux-et-oreilles des Ajahs mentionnaient que des créatures sauvages et indisciplinées vivaient sur Saratium et provoquaient tout un carnage sur leur passage. D’autres murmures encore suggéraient des hommes métalliques munis d’armes destructrices, des géants d’après les racontars.

Mettant son orgueil et sa fierté de côté, Maera Sedai admettait ne pas être prête pour un tel voyage. Toutefois entre un séjour en Enfer ou le récurage des marmites, elle préférait le séjour.

-Nous avons besoin de femmes ambitieuses et compétentes comme vous sur le terrain.

Autrement dit, nous préférons garder les sœurs importantes à porter de main, rectifia Maera. L’idée de quitter son foyer, de traverser un portail et d’atterrir dans un univers complètement nouveau ne lui plaisait pas. Elle aurait souhaité être rétrogradée au rang d’Acceptée et de vaguer à ses occupations personnelles. Le seul aspect positif dans son élévation en tant qu’Ai Sedai était le Lige à qui elle était liée. Asham n’était pas difficile à manier, il exécutait les ordres de son Ai Sedai avec promptitude et s’assurait sérieusement de sa sécurité. Sa compagnie était agréable quoique silencieuse. Maera ne connaissait pas un seul Lige, ni apprenti-lige, qui soit un tantinet loquace. Ceux qu’elle avait connus se concentraient sur… autre chose. Un rougissement embrassa les joues pâles de l’Ai Sedai. Asham, devant elle, lui jeta un regard amusé.

-Dites, peut-être pourrions-nous prendre une petite pause le temps de nous dégourdir les jambes, proposa Maera.

Le Lige inspecta les alentours. Ils suivaient depuis un moment un long ruisseau perdu dans une quelconque forêt luxuriante. La végétation, au grand étonnement de Maera, était pratiquement identique à celle de leur planète. Il y avait des arbres immenses, un tapis d’herbe verdoyante, des roches de toutes les teintes, de la terre brune et de l’eau bleue et limpide. Leurs montures s’immobilisèrent et broutèrent gaiement tandis qu’Asham ramassait quelques brindilles sèches afin d’allumer un petit feu. Maera, une fois les pieds au sol, se massa les reins et s’évertua à marcher dignement malgré la douleur engourdissant ses pauvres cuisses.

-Les premières fois sont toujours plus difficiles, ma sœur, murmura Asham un brin moqueur.

Le sourire qui s’étirait sur ses lèvres se flétrit sous le regard menaçant et meurtrier de Maera Sedai. Le Lige se rembrunit, se détourna et marmonna qu’il partait en éclaireur. Satisfaite, Maera se contenta d’un hochement de tête approbateur avant de s’asseoir en tailleur devant le petit feu crépitant. Elle sortit de sa besace une vieille carte parcheminée reconstituant la forme et les territoires de Saratium. L’Amyrlin avait, d’un trait parfait, encerclé les secteurs où les Ai Sedai disparaissaient. La jeune femme inspira profondément et ferma les paupières. L’une de ses mains tâtonna machinalement sa longue chevelure dorée munie d’un filet de perles. Il était rare chez les Ai Sedai de porter des bijoux ou des vêtements excentriques, mais Maera appréciait beaucoup trop les joyaux pour s’en priver.

Maera s’imagina une petite fleur rose qui ouvrait ses magnifiques pétales. Le pouvoir unique l’inonda alors, produisant chez elle un bien-être démesuré. Elle sourit de béatitude, savourant cette puissance déferler en elle. Puis, elle tissa plusieurs flots à l’aide d’eau et d’air, avec un soupçon de terre. Parmi les siennes, elle était l’une des rares à pouvoir produire autant de flots avec plusieurs éléments. On disait qu’elle était puissante, mais qu’elle demeurait encore inexpérimentée. Maera voulait leur prouver du contraire.

Ouvrant ses paupières, ses grands yeux sombres se penchèrent sur la carte de Saratium. Les tissages qu’elle créait s’éloignèrent de sa personne, palpant la tette, la nature, l’air et, tels des tentacules gigantesques et invisibles, ils s’étendirent sur plusieurs lieux. C’est ainsi qu’elle remarqua la présence d’individus au nord-est, mais ne s’en préoccupa pas outre mesure. Les sœurs disparues furent sans doute enlevées par ces créatures mystérieuses qui terrifiaient tant les paysans.

Alors que le pouvoir coulait abondamment en elle, Maera s’empêchait d’en appeler davantage bien qu’elle le désirait ardemment. Lorsqu’on tenait le pouvoir unique entre ses mains, on souhaitait en attirer encore et encore, jusqu’à ce qu’il vous consume. Une détonation foudroyante secoua soudain la terre et l’air vibra avec une vigueur époustouflante. Les chevaux, effrayés, hennirent et se cambrèrent, galopant à vive allure dans toutes les directions alors que Maera, décoiffée et stupéfaite, tentait péniblement de se remettre sur ses jambes. Une fois que tout redevint silencieux et calme, elle tendit l’oreille… sentant le lien dans sa tête palpitée avec une étrange vivacité. Asham. Il se passait quelque chose.

L’Ai Sedai hésita entre prendre la fuite ou rejoindre son Lige. Des bruits sonores et sifflants rompirent momentanément le silence tendu qui emplissait la forêt. Les oiseaux crièrent leur mécontentement et s’envolèrent d’un battement d’ailes indignés. Maera reprit possession du pouvoir et parcourut la forêt… il n’y avait rien. Et pourtant… Elle retroussa ses jupons et s’enfonça tout doucement entre les arbres. Elle sentait la présence du Lige dans sa tête, elle s’apercevait que l’homme devait… combattre quelque chose. Elle entendit des cris, des explosions. Maera se figea, son pied écrasa une branche sèche qui se brisa d’un craquement retentissant.

La femme ne perçut même pas les pas de l’homme derrière elle et ne le vit qu’à la dernière minute. Tandis qu’elle glapit d’horreur, elle le foudroya de son pouvoir… qui le contourna comme s’il avait glissé sur ce torse musculeux et sur ses bras immenses, sur ce visage menaçant et figé.

Maera courut. Au diable sa fierté, l’Ai Sedai prit ses jambes à son cou, dévala une petite colline, faisant exploser derrière elle des troncs d’arbre, faisant jaillir du sol des éclats de roches et de terre. Avec toute cette nature en furie, l’homme ne pourrait la rattraper, mais quelque chose la faucha et elle tomba tête première, s’évanouissant dès l’impact.

Elle sentit vaguement un souffle contre sa joue, des mains qui la soulevaient, une chaleur inconnue qui l’entourait. Maera Sedai battit lentement des paupières et vit qu’une silhouette se tenait au-dessus d’elle. On lui mit quelque chose autour du cou puis… ce fut le néant. Cependant, elle constata que… qu’une chose était différente. Dans un vain effort pour appeler le pouvoir unique, Maera sombra dans un sommeil agité… et ne se réveilla que pour assister au pire cauchemar de toute sa vie.

Maera Sedai aurait préféré mourir en cette belle journée ensoleillée, mais elle n’eut pas cette chance.
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Domenic T. Darius
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MessageSujet: Re: Far away from home [Maera]   Mar 7 Sep - 19:07

    Lorsqu’elles réalisaient que leurs damnés pouvoirs ne leur servaient à rien – par la lumière, il détestait ce mot utilisé dans ce contexte, pouvoir – elles avaient toujours la même réaction. Elles glapissaient. Essayaient encore une fois de le foudroyer ou de lui faire il ne savait pas trop quoi de très désagréable. Chaque fois, il sentait ce grotesque médaillon devenir aussi glacial qu’un souffle d’hiver et en perdait parfois le souffle, tant ce froid était saisissant. C’était comme d’essayer de respirer quand un véritable blizzard vous souffle sa fureur au visage. Une fois qu’elles avaient compris que cela ne servait à rien, elles glapissaient, affichaient cet air incertain et surpris, et prenaient leurs jupes – grotesques jupes bien trop longues, à son avis – à leur cou et s’enfuyaient de toute la lenteur de leurs ridicules petites gambettes. La femme qui lui fabriquait ces amulettes avait raison sur un point; aucune de ces femmes n’en avait connaissance. C’était comme si cette chose, qui ne pouvait pourtant provenir que de leur monde, leur était totalement inconnue. Il ne s’en plaindrait pas. C’était le seul avantage réel qu’il avait pour protéger ses hommes de cette saloperie de magie. À eux, par la suite, il faisait simplement croire qu’il menaçait ces femmes de si belle manière qu’elles n’auraient même pas osé « canaliser » - encore un mot incongru - pour éteindre une chandelle.

    Cette femme qu’il tenait dans ses bras avait répété le même schéma que toutes les autres avant elle. La charge, le glapissement et la fuite. La chasse était bonne. Par contre, avec la sensation qu’il avait eue, tout à l’heure, en détectant cette magie, il aurait cru qu’il y aurait plusieurs sorcières. Il baissa les yeux sur cette petite blonde un peu ronde. Elle devait être sacrément forte dans ce qu’elle faisait, alors. Bof. Ce n’était pas un problème, maintenant qu’elle portait ce collier. Elle ne pourrait pas l’enlever. Il était fait avec le même genre de mécanisme complexe que les laisses qu’on mettait aux damanes. Il fallait le comprendre, savoir où appuyer, avec quelle force. Ces gens ne savaient pas comment y parvenir. Cette fille n’y parviendrait donc pas. Il enjamba un tronc d’arbre renversé et s’arrêta pour prendre le temps de regarder autour de lui. C’était là qu’il était passé, là qu’elle avait déchaîné sa maudite magie pour essayer de lui barrer la route. Ce tronc d’arbre qu’il venait d’enjamber, il avait bien failli le recevoir directement sur le crâne. On avait beau dire que Darius avait la tête dure … Ça l’aurait tué net, un truc aussi énorme. C’était un épais enchevêtrement d’arbres, tout à l’heure. Maintenant, on aurait dit qu’un tank y était passé. Il baissa à nouveau les yeux sur la fille évanouie. Il y avait autant de puissance dans ce corps minuscule que dans ces tanks du diable. Il y aurait de quoi la planter là et s’enfuir. Mais ça n’était pas le genre du soldat. Il était venu là pour la chercher. Il la ramènerait. Et puis en bas de la colline, les sifflements des balles s’étaient interrompus. On n’entendait plus rien. L’homme avait vraisemblablement été capturé, comme il l’avait ordonné. Il reprit sa marche, mit peu de temps à retrouver son chemin à travers les arbres. Il avait parcouru une bonne distance, mais il avait toujours eu un sens de l’orientation infaillible.

    Dès qu’il eut franchi l’orée de la forêt et aperçu les véhicules, le rassemblement de ses hommes, tous devant le tank – il leur avait pourtant dit de ne pas se tenir bêtement devant ces énormes machins estropieurs – il sut qu’il se passait quelque chose d’anormal, là en bas. Il ne s’arrêta pas, accéléra même le pas, pressé de savoir exactement de quoi il en retournait. À une centaine de mètres, il vit l’un des siens se tourner vers lui et le pointer du doigt. Tous les autres se tournèrent aussi. Il ne pouvait pas voir clairement leurs visages encore, mais il devina qu’ils étaient tous mal à l’aise. Franchement mal à l’aise. Ça sentait le malaise sur toute la vallée. Bon sang de merde … Mais il ne courut pas. Il n’était pas si pressé que cela, finalement. Arrivé au niveau du cercle formé par ses soldats, la première chose qu’il vit fut l’étranger, menotté, tenu en joue par les fusils de ses tireurs d’élite. Du sang ruisselait de son épaule. Son œil expérimenté lui indiqua que c’était une blessure superficielle. Il y avait une épée, à quelques pas. Il analysa donc qu’on l’avait blessé pour l’empêcher de s’en servir. La deuxième chose qui lui sauta aux yeux, ce fut la lame de l’épée. Couverte de sang épais et encore frais. Il fit rapidement, du regard, le tour des hommes qui se trouvaient là. Aucun n’était blessé. Trois avaient du sang qui n’était pas le leur sur leurs habits. Il ne compta pas, mais le déclic se fit automatiquement. Il lâcha la fille, qui s’écrasa à ses pieds sur le sol. Elle grommela. Elle ne tarderait pas à se réveiller. Il manquait ses deux médecins et …

    -Où est Flynn ?

    Un silence. Court. Mais un silence de trop.

    -Dans le camion des toubibs, finit par répondre Denis.

    Elle n’avait pas le ton qu’elle avait d’habitude. Elle ne le prenait pas de haut, ne le critiquait pas. Non. Elle le regardait comme tous les autres le regardaient en ce moment. Et c’était pire. La fille continuait de grogner à ses pieds. Il l’ignora et partit à grandes enjambées vers la roulotte des médecins. Il sentit vaguement la main de Denis sur son bras qui essayait de le retenir. Ça aussi il l’ignora, même si probablement elle ne le toucherait plus jamais aussi doucement par la suite. Il s’en moquait. Il voulait savoir ce qui se passait. Il oublia presque d’actionner la poignée de la porte du labo médical et l’arracha presque de ses gonds. À l’intérieur, il ne vit pas le corps sur la table. Il vit seulement les deux médecins, qui jetaient leurs gants souillés dans la poubelle, s’interrompre dans leur geste pour fixer leur regard sur lui. Il les vit secouer la tête doucement. Et c’est là qu’il vit Flynn. Étendu. Fendu. Couvert de sang. Et l’écran de l’électrocardiogramme. Mort. Il recula, s’appuya au métal brûlant de l’extérieur du véhicule et ferma les yeux. Le premier. Le premier qu’il échouait à protéger. Il donna un coup de pied dans la roue du camion, qui éclata. Ça tournait dans sa tête. Il entendit des pas. C’était Denis.

    -Tu devrais aller te reposer. On va s’occuper des prisonniers, Darius.

    Il n’a pas envie d’aller se reposer. Il est tellement épuisé tout d’un coup qu’il a l’impression que s’il se couche et qu’il s’endort, il ne se relèvera pas avant des années. Il tripote nerveusement sa ceinture, la poignée de l’arme accrochée à celle-ci. Puis il repousse brutalement Denis et marche d’un pas décidé vers ces hommes, vers cette femme, vers cet homme maudit qui est la cause de tout.

    -Darius !

    Il ignore son appel, rejoint les autres. La sorcière est réveillée, agenouillée près de son … gardien, de son assassin. Elle essaie de lui défaire ses menottes. Elle murmure. Elle gémit. Darius la repousse du pied.

    -Darius !

    C’est Kami, cette fois. Elle l’a vu tirer l’arme de son étui.

    -Il est mort parce que tu le voulais vivant … Si tu le tues ça servira à rien.

    Elle aussi, il la repousse. Il appuie le canon du revolver sur le front de l’étranger.


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Maera Sedai
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MessageSujet: Re: Far away from home [Maera]   Ven 10 Sep - 14:16

Si Maera Sedai avait été de faible nature, peut-être aurait-elle hurlé d’épouvante en découvrant l’horrible scène qui se dessinait devant ses yeux embués de sommeil. Devant elle se dressait des monuments métalliques, munis de mécanismes complexes et incompréhensibles donc les canons semblaient menacer sombrement le ciel. Il y avait des hommes rassemblés autour des ruines d’un feu noirci, tous abordant une mine inquiète et tirée, ainsi que deux femmes, l’une svelte et resplendissante et l’autre petite et frêle, qui partageaient des regards lourds de sens pendant que le géant blond se ruait dans une direction. Maera Sedai, d’abord anxieuse, calma peu à peu les palpitations effrénées de son cœur et se convainquit d’étudier les alentours… et de comprendre exactement ce qui venait de se passer. Pourquoi était-elle ici, parmi ces étranges redoutables? Pourquoi donc sa vision tanguait-elle? Pourquoi, par la lumière, ressentait-elle une douleur sur le crâne? C’est donc en tâtonnant l’endroit meurtri qu’elle découvrit une plaie, ses doigts devinrent poisseux de sang. Surprise, elle dévisagea ce sang écarlate qui humidifiait sa main.

Un murmure retint alors son attention. Maera croisa les yeux clairs de son Lige, agenouillé dans l’herbe, ligoté. Sa chevelure châtaine était détachée, souillée de liquide vermeil, son visage était impénétrable, mais le plissement aux commissures de ses lèvres démontrait son inquiétude. L’épée qu’il portait à sa taille, et dont il se servait durant les combats, gisait devant lui, le narguant. L’Ai Sedai sursauta, se redressa péniblement et, alors que tous les regards étaient rivés vers le même point, se traîna jusqu’à son Lige. La tête lui tournait. Sa vision se brouilla, chancela. C’est donc le cœur au bord des lèvres qu’elle s’écrasait auprès d’Asham. Inquiétude et frustration lui parvenaient par le lien qu’ils partageaient.

-Que s’est-il passé? Demanda faiblement Maera, les mains délicatement posées sur la blessure superficielle de son Lige.

-Ils m’ont intercepté, m’ont conseillé de les suivre sagement, mais j’ai refusé. L’un d’entre eux s’est approché, m’annonçant qu’ils m’amèneraient de toute façon, alors et je l’ai embroché puis fendu avec mon épée. Ensuite, plusieurs hommes se sont jetés sur moi.

Asham fronça les sourcils, prêtant attention au bruit qui parvenait plus loin.

-Peu importe, lui confia Maera. Je vais nous libérer.

Elle s’ouvrit à la vraie source, apercevant la lueur extatique du pouvoir qui se profilait à l’horizon… mais rien ne vient. Ébranlée, Maera fit plusieurs autres tentatives, toujours recherchant le pouvoir, toujours se démenant pour en aspirant une goulée. Non, Maera n’était pas le genre de femme qui paniquait aisément, mais à ce moment précis… elle devint hystérique.

-Je n’y arrive pas… Je n’y arrive pas. Le pouvoir est là, je le vois, je peux même le sentir… mais je n’arrive pas à le toucher.

Asham se raidit. Maera sentit un poids à son cou, un poids qui l’écrasait, qui la rendait vulnérable et faible. Ses doigts, tremblants, frôlèrent un disque froid, doté d’une larme blanche et noire, le symbole antique des Ai Sedai. Soudain, le peu de contrôle que la femme possédait fondit. Comment pouvait-elle avoir hérité d’un tel objet? Comment pouvait-il la priver du pouvoir? Maera ne comprenait pas. Puis, elle se souvint. Elle se souvint de la traque insensée dans la forêt, d’un choc sur la tête et d’une chute douloureuse, enfin d’une ombre qui lui ceint le cou d’un lien rigide. Comment l’homme s’était-il attribué un tel artefact?

Des pas lourds et déterminés retentirent, s’approchant dangereusement de Maera et de son Lige. L’Ai Sedai reconnut le chasseur, ce blond de carrure impressionnante au regard meurtrier qui l’avait transportée jusqu’ici. Il tenait dans l’une de ses mains un outil rutilant qui semblait, pour Maera, dangereux. Il s’immobilisa devant Asham, l’outil en question appuyé contre le front du Lige. Ce dernier ne frémit même pas, ne sourcilla guère, se contentant de fixer audacieusement les yeux plissés et injectés de sang de…

-Darius, sérieux, arrête ça! C’est inutile.

La petite femme que Maera avait remarquée s’interposa entre le dénommé Darius et Asham, les mains élevées à la hauteur de ses épaules. Un silence mortel s’établissait parmi les hommes. Certains, la mine grave, croisaient leurs bras musculeux sur leur poitrine imposante et contemplaient le spectacle. D’autres, mal à l’aise et extrêmement pâles, regardaient ici et là, évitant Darius, la jeune fille et le prisonnier. Quelques uns encore jouaient eux-mêmes avec un outil similaire à celui que tenait le géant. Deux hommes se joignirent aux autres, portant des blouses blanches tachées de sang.

-Kami, pousse-toi.

Leur accent était si prononcé que Maera peinait à les suivre, ou à saisir les mots qu’ils s’échangeaient. Elle sut tout simplement que la gamine tentait de sauver son Lige.

-Pas question. Tu vas pas gâcher notre réussite par un stupide coup de tête. C’est l’occasion rêvée de les étudier davantage. Flynn n’est pas mort pour rien, Darius!

Mort? Maera risqua un coup d’œil vers Asham, dont le lien lui transmettait une fureur froide. Le Lige dévisageait toujours son adversaire, ou plutôt le toisait avec suffisance. Le monsieur blond, ce Darius, guère plus âgé que Maera, se rembrunit encore plus. Ses jointures craquèrent, ses dents grincèrent.

-Darius, sérieux, tu vas pas lui faire sauter la cervelle devant sa bonne femme? Fais pas le con, baisse ton arme.

-Laisse-le donc faire, la p’tite, marmonna d’un ton sombre un homme à la chevelure poivre et sel. La loi du talion, tu connais pas?

Kami, la jeune fille, frissonna puis, sur un ton implorant, supplia l’homme blond de réviser sa décision.

-T’es pas lucide, t’es aveuglé. Prends le temps d’y penser au moins, Darius. Allez, baisse ton arme.

Maera tentait toujours de libérer les poignets prisonniers de son Lige. Un pressentiment violent et terrible, l’intuition féminine peut-être, lui désignait l’avenir. Il n’était pas question que cet homme, ce Lige, rende son dernier souffle aujourd’hui, après l’avoir suivi, elle, dans cette aventure funeste. Seulement, ce n’était pas des liens de cuir qui le retenaient cloués au sol, mais plutôt des attaches métalliques aux poignets et aux chevilles, entravant ainsi tous ses mouvements. Non, Maera Sedai n’allait pas abandonner. Tirant sur son maudit collier, elle s’acharnait à le retirer. Cependant, il n’y avait aucun fermoir… absolument rien. Et une douleur aigue lui tordit les mains alors que ses doigts s’activaient sur cet objet de malheur.

-Allez, Darius, déconne pas. Arrête ça.

Et Maera Sedai ferma étroitement ses paupières, prenant de grandes respirations afin de calmer son angoisse. Elle souhaitait de tout cœur que cette jeune fille les sauve tous les deux.
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Domenic T. Darius
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MessageSujet: Re: Far away from home [Maera]   Sam 18 Sep - 0:42

    Au fond de lui, il le savait que ça ne servait strictement à rien d’abattre ce type. D’un point de vue stratégique, du moins. Cette femme était forcément liée à cet homme. Elle se comporterait, à l’instar des autres avant elle, aussi sagement qu’elle le pourrait si son gardien était menacé. Elle parlerait, serait coopérative. Mais pour ça, il fallait que le type soit en vie. Il le savait. En était parfaitement conscient. Mais à ce moment, il ne pensait à rien de stratégique. Il ne pensait qu’à une chose. Flynn. Mort. Assassiné. Il avait le coupable sous les yeux. La loi du talion, lui disait son commandant, Key. Il écoutait toujours les conseils de son second. Il avait vu plus de guerre que lui. Il était de précieux conseil.

    Darius évitait de regarder Kami. Son regard se concentrait uniquement sur cet homme agenouillé, impuissant parce qu’attaché. C’était mieux ainsi. Flynn était un bon combattant. Pour avoir réussi à le tuer – à l’épée de surcroît – il fallait que ce petit homme soit foutrement doué quand il maniait sa lame. Très agile. Flynn n’aurait pourtant du en faire qu’une bouchée. Il se mordit la lèvre. C’était de sa faute à lui. Il avait insisté pour que ses gars prennent le type en vie. S’il ne l’avait pas précisé, on l’aurait abattu à vue et ça se serait terminé là. Tout le monde serait là où il devrait être. Personne ne serait couché sur une bon dieu de civière ! Sa main trembla un peu plus. Pour calmer le tremblement, il presse plus fermement encore le canon de son arme contre le front de l’étranger, ce qui, en fait, n’arrêta pas le tremblement mais le transmit avec plus de force encore. La colère le faisait voir rouge. Il ferma les yeux, pressa la détente.

    Il eut l’impression d’un grand moment de silence. Pendant un instant, les yeux fermés, il ne pensa plus à rien. Il était là, debout, fusil à la main. Il savait qu’une mince fumée s’échappait du canon. Il en devinait la chaleur. Il sentait encore la force du recul dans l’ensemble de son bras. Mais ces sensations étaient familières et ne provoquaient aucune réflexion. Le bruit du corps qui tombe sur l’herbe. Ça aussi, c’était familier. Puis le silence fut rompu. Pas par le hoquet de Kami qu’il n’avait pas perçu. Pas par les expressions étouffées de ses hommes qu’il avait ignorés. Non. Le silence fut brisé par un cri. C’était un cri déchirant qui lui glaça le sang. Ses yeux s’ouvrirent d’un coup, comme on les ouvre brusquement quand on veut se sortir d’un cauchemar. Mais le cri persistait, même en s’éteignant. Il devenait de moins en moins perçant, mais toujours plus puissant, même lorsqu’il devint muet; il continuait de l’entendre. Il laissa tomber son revolver à ses pieds et baissa le regard sur le corps sans vie qui gisait devant lui. Dégoûté, il resta un instant immobile avant de faire volte-face et de s’enfuir loin de la scène.

    Ses pas le menèrent à sa tente. Il en défit le rabat sans douceur et le referma derrière lui avant de s’asseoir sur le bord de son lit de camp. La tête entre les mains, il fixa longuement le plancher. Sa mère lui avait dit un jour qu’il ne fallait pas provoquer un inconnu, car on ne le connait pas et qu’on ne sait jamais comment il va réagir. Bon sang! C’était lui-même qui l’avait pris de court, à croire qu’il ne se connaissait pas. Quand il était question de ses responsabilités de lieutenant colonel, Darius n’avait jamais été inconsidéré, ou impulsif. Il suivait ses instincts, oui, mais les analysait avant de les écouter aveuglément. Il discutait avec ses hommes de ses impressions. Il avait agit seul, sous le coup de la colère. Il n’aurait jamais pensé qu’il ferait quelque chose comme ça. Sa mère lui dirait « je ne t’ai pas élevé comme ça ».

    Il se leva, agacé, et fit les cent pas. Même quand elle n’était pas là, sa mère trouvait le moyen de lui faire la morale. Il était si ennuyé par toute cette maudite journée que lorsqu’une petite voix lui parla de l’autre côté de la tenture, il aboya plus que ne répondit. La fermeture éclair s’ouvrit lentement, après un petit moment d’hésitation. C’était Kami. Il se rassit.

    -Bon écoute vieux … je sais que t’as sûrement pas envie d’être dérangé mais euh … j’imagine que tu veux pas qu’on t’amène la fille tout de suite.


    Il secoua la tête de gauche à droite.

    -Ouais bon ok. Ça tombe bien en fait parce que … ben elle est blessée et Wells va devoir lui recoudre la caboche. Les gars sont en train de nettoyer le … le mec, quoi. Et pis euh … ben c’est tout en fait. Je vais … y aller, moi.

    Il hocha la tête. Cette connasse d’étrangère pouvait bien se vider de son sang, pour ce qu’il en avait à foutre. Elle ne valait rien en comparaison du soldat qu’il avait perdu aujourd’hui. Rien. Aucune valeur.

    -T’sais, Darius …


    Il releva la tête, regarda vers l’ouverture de la tente. Kami s’y trouvait toujours.

    -J’aurais sûrement réagi de la même façon, dit-elle.

    Darius fit non : « T’en sais rien. On le sait jamais. » Elle resta là encore un moment, comme si elle n’était pas certaine de la façon dont elle devait interpréter ça, puis elle opina du chef et sortit, le laissant enfin seul avec ses idées noires. Il s’étendit sur le dos, regarda la toile de la tante. Cette couleur terne de tissu rêche qui pouvait passer inaperçue dans n’importe quel décor. À sa grande surprise, il finit par s’endormir. Lui qui avait toutes les peines du monde à fermer l’œil lorsqu’il était détendu, il n’arrivait pas à comprendre qu’il puisse dormir et rêver alors qu’il était aussi agité.

    Même s’il dormit, il passa une très mauvaise nuit. À son réveil, il ne se rappelait d’aucun de ses rêves mais se souvenait de l’angoisse provoquée par ceux-ci. Il la sentait dans chacun de ses muscles, crispés et tendus. Il s’étira, se délia les membres et regarda l’heure. Pleine nuit. Tout le monde devait dormir. Sauf un type qui montait probablement la garde. Il sortit, marcha vers le labo des toubibs. C’était Blackburn qui surveillait. Il le salua rapidement.

    Le labo était vide. Les médecins avaient regagné leur tente respective. Il y avait ce corps mort sous une couverture, comme tout à l’heure. Et au fond, dans une pièce fermée, il savait qu’il y avait la prisonnière. La porte s’ouvrit devant lui automatiquement, détectant la puce qu’il portait. Comme il l’avait deviné, elle ne dormait pas. Elle était assise sur son lit et regardait le vide. C’est à peine si elle sursauta lorsqu’il vint se planter devant elle.

    -J’ai comme manda de te ramener vivante à l’Empire, dit-il en la forçant à le regarder. J’aime autant de prévenir qu’il y a des chances que j’y parvienne pas.

    Il lui lâcha le menton. Elle avait le regard totalement vide. Il cracha par terre, s’éloigna et sortit. Il retraversa le campement en sens inverse. Salua Blackburn à nouveau, puis regagna sa tente. Le sommeil ne revint pas le trouver.

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Maera Sedai
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MessageSujet: Re: Far away from home [Maera]   Mar 5 Oct - 22:45

Maera Sedai venait à peine de quitter la Tour que l’Amyrlin l’avait déjà oubliée. Personne ne se souciait de son absence, hormis certains sœurs, acceptées et novices qui voyaient d’un mauvais œil le départ d’un Lige comme Asham. Quelques unes même démontraient encore un soupçon d’étonnement face à ce lien incongru, spontané, qui avait réuni à jamais ceux deux jeunes gens. Une fois le lien établi et la sensation d’une présence étrangère et réconfortante dans les confins de son esprit, Maera s’était crue… invincible. Malheureusement, ce n’étaient que de fabuleuses impressions… un espoir fou qui s’était heurté à un destin tragique. À la Tour, quelqu’un s’inquiéterait-il de sa disparition? Elle allait mourir, elle le savait… le ressentait depuis cette visite impromptue de ce meurtrier à la voix grave et menaçante. Maera Sedai allait mourir comme était mort Asham el’Dearic.

Une plainte stridente s’échappa de ses lèvres, des larmes grosses et brûlantes se libérèrent de ses yeux douloureux et bouffis et le tremblement qui la saisit la vida de ses forces… la laissant pantelante sur ce lit étroit. Dans une tentative puérile et folle de toucher à la vraie source, Maera multipliait les essais… rageant entre ses dents alors que le pouvoir était au-dessus d’elle, si proche mais inaccessible. Se concentrer sur cet handicape lui enlevait momentanément la douleur de son corps. Des images d’Asham ne cessaient de l’assaillir, les contacts qu’ils avaient eus semblèrent lui embraser la peau, la rupture du lien, qui s’était faite de façon si soudaine si brusque, demeurait une plaie à vif dans son esprit.

Les souvenirs de l’assassinat lui revenaient sans cesse, encore et toujours. Le film achevait à peine qu’il recommençait inlassablement. Elle vit l’embouchure de l’objet métallique contre le front de son Lige, puis survint une détonation déchirante et l’éclatement du crâne d’Asham. Son sang et son cerveau mutilé avaient arrosé sa chevelure et son élégante robe d’équitation. Les tortures auxquelles elle était la proie la plongèrent dans une confusion trouble. Maera Sedai se souvint s’être penchée vers le cadavre, dévisageant avec horreur ce trou énorme qui défigurait ce beau visage alors que ses mains, malgré elle, s’activaient… recherchaient frénétiquement les fragments d’os et d’organe qui jonchaient le sol vert et rouge. Maera crut avoir crié, mais n’en fut pas certaine. Puis… le néant. Des mains l’agrippèrent solidement de nouveau et l’entraînèrent loin d’Asham… et l’enfermèrent dans cette prison sombre et isolée.

Le lien entre Ai Sedai et Lige avait été détruit par cet homme froid, par ce géant blond sourd à ses propres erreurs. La simple mention de ce meurtrier, l’infime image de son être infâme faisait trembler de rage Maera… qui nourrissait dorénavant le désir de le tuer de ses propres mains. Sans le pouvoir unique, le pourcentage de réussite était décevant… et ses habilités à l’escrime ou au combat singulier se limitaient à des manœuvres de gamin maladroit.

-Peu importe comment, peu importe le temps… je me vengerai, se promit-elle d’une voix blanche.

Soudain, elle entendit le mécanisme de la porte s’activer, mais ne s’en préoccupa pas outre mesure. Elle ne jeta pas un seul regard en direction des deux femmes qui la dévisageaient longuement… en respectant son silence pesant, ou bien étaient-elles mal à l’aise en sa présence.

-Bon… faudrait qu’elle se change. Elle est pleine de sang depuis hier, souleva la plus jeune des étrangères. Il lui faudrait une bonne douche désinfectante.

Telle une poupée de chiffon, Maera Sedai n’offrit aucune résistance à ses deux geôlières. Pis, l’une d’elles, la plus grande, dut la soutenir et même la soulever afin de la transporter jusqu’à la sortie de la roulote puis jusqu’à une cabine de dimensions respectables à l’intérieur de laquelle s’exposait un arsenal d’objets métalliques d’origine inconnue. La plus jeune, dénommée Kami, désigna alors une sorte de bain dans une pièce aménagée au fond du compartiment. Kami et l’autre femme, Jolene, s’évertuaient à lui délasser la robe et le corsage.

-Non mais… c’est quoi l’idée d’avoir ces truc sur le corps…, gronda Kami.

-Pour la mode, selon les autres sorcières, répondit Jolene en éructant quelques jurons impressionnants.

Elles lui défirent le filet de perles qui parsemait sa chevelure défaite, lui retirèrent de peine et de misère les différentes couches de vêtement qui la revêtaient et la glissèrent dans le bain débordant d’eau chaud et de mousse blanche. Dans une autre situation, Maera Sedai aurait rougi d’indignation à l’idée que deux parfaites inconnues, ses ravisseuses de surcroît, la déshabille et la contemple dans sa nudité.

-Bon… on va te laisser toute seule… Mais Jolene reste à côté au cas où tu tenteras de t’enfuir… pis ya les hommes dehors qui n’ont pas vu de femme à poil depuis un ti moment. Alors reste tranquille.

-Je crois que c’était inutile d’ajouter ça, grinça Jolene avant de refermer la porte derrière elle.

Maera Sedai avait rêvé de bain chaud depuis son départ de la Tour. Pourtant, en ce jour, l’eau purificatrice et la mousse fraîche la laissèrent complètement indifférente. Ses yeux fixaient le plafond. Ses membres se recroquevillèrent et ne formèrent qu’une petite boule de chair tremblotante à l’une des extrémités de la grande cuve. La femme songeait à se mordre la langue suffisamment assez fort pour rompre une ou deux veines et ainsi se noyer avec son propre sang. Seulement, l’Ai Sedai n’avait pas la force pour attenter à ses jours… peut-être une autre fois… quand le moment sera plus opportun, quand ses membres auront retrouvé un tant soit peu de force. L’eau du bain se teinta rapidement d’un éclat rose pâle.

De l’autre côté de la cloison, Maera perçut des pas hésitants, un raclement de gorge, un vague murmure interrogateur qui ne semblait pas lui être adressé, mais on ne vint pas la déranger. Maera Sedai demeurait accroupie dans son bain jusqu’à ce que l’eau devienne tiède, puis froide. Elle sentit sa peau se ratatiner, sa chevelure détrempée qui tombait lourdement sur ses épaules la faisait grelotter de froid. Alors que la lumière du jour faiblissait, que la pièce s’assombrissait, un bruit lourd retentit, puis des voix s’élevèrent l’une féminine l’autre masculine.

-Euh… excuse-moi…, se risqua Kami à travers la porte. Ça serait le temps que tu sortes de là. J’ai réussi à trouver des vêtements pour toi… pis faudrait que tu bouffes de quoi.

Il fallut que la jeune fille pénètre dans la salle de bain pour s’assurer que la captive était toujours vivante. S’affublant de gants et d’une longue chemise blanche, Kami aida Maera à se redresser sur ses pieds. N’ayant rien avalé depuis deux jours, l’Ai Sedai était faible et le plissement de ses paupières indiquait une migraine sévère.

-Bon, j’ai dû fouiller pour te trouver un truc à te mettre sur les épaules. Les gars voulaient que tu te balades les boobs au vent et la chatte à l’air, mais moi j’ai protesté et Joel a accepté de me refiler l’une de ses chemises.

Kami essora la longue et épaisse chevelure blonde de Maera, la peignit, lui fit une jolie natte après quoi elle lui enleva la serviette qui lui ceignait la taille – serviette qui traînait par terre tant Maera était minuscule. Ensuite, Kami fit endosser à Maera une chemise grise beaucoup trop amble dont l’ourlet lui battait les genoux et les manches le milieu des jambes. La geôlière entoura les hanches proéminentes de l’Ai Sedai d’une ceinture de cuir usé.

-J’ai pas culotte ni de brassière pour toi… tu vas devoir être prudente.

Maera ne comprenait strictement rien aux paroles de l’étrangère… seulement que les hommes, une fois qu’elles furent à l’extérieur, la toisèrent elle. À leur regard hostile, elle comprit qu’ils la détestaient et qu’ils désiraient tous, sans exception, l’éliminer sur le champ… y compris le géant blond qui s’avançait rapidement vers elles, la mine sinistre.
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Domenic T. Darius
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MessageSujet: Re: Far away from home [Maera]   Mer 13 Oct - 14:39

    -Darius ... tu ne crois pas que ça serait plus raisonnable si on prenait du repos ici ? Je veux pas avoir l’air de vouloir te chercher des puces mais tout le monde est complètement à terre. Tu peux pas nous demander … Tout de suite après que Flynn soit mort … Non. On a tous besoin de repos.

    Le militaire leva les yeux vers son commandant. Key était de loin le soldat qu’il valait le plus la peine d’écouter, de par sa grande expérience du terrain. Mais ça l’ennuyait. Retarder le retour … Il n’avait qu’une seule hâte : se débarrasser de la petite. Mais tout le monde semblait s’accorder sur le fait qu’il valait mieux perdre un peu de temps à rester sur place, s’alléger un peu l’esprit du départ d’un des leurs avant de se remettre au boulot.

    -J’ai déjà prévenu l’Impératrice qu’on lui emmènerait quelque chose d’ici quelques temps.

    -Oui et elle sait à quel point tu es proche de tes hommes. Fais-lui parvenir un message et elle comprendra. Si tu veux, je me charge de ce message même.

    Darius poussa un grommellement. Que Key se mêle de ses affaires, mais cette maudite bonne femme de Dennis, non. Il se leva de sa table et fit quelques pas de long en large dans l’espace réduit de sa tante. Trois personnes ici, c’était beaucoup trop. Il les bouscula tous deux et sortit. Il avait besoin de respirer un peu, et ça n’était pas dans cette pseudo chambre ridicule qu’il y arriverait. Pas avec deux parasites qui lui volaient son air. Les deux parasites le suivirent dehors. Il soupira, regarda longuement autour de lui.

    Le campement était plongé dans un silence presque parfait. Tout le monde vaquait à ses affaires et presque personne ne parlait. Ils avaient tous besoin de répit, il ne pouvait pas le nier. Pour que ses hommes soient aussi silencieux … Il ne savait pas ce qui était le mieux pour eux, ni pour lui. Le corps de Flynn était congelé, il serait en bon état quand il … encore quelque chose qu’il devrait faire. Rendre visite à la famille, leur amener le corps.

    -Quelqu’un a prévenu la famille ?

    -Wells s’en est occupé hier, dit la grande rouquine. Il tenait à le faire.

    Wells … Bien. Ça lui ferait ça de moins à faire. C’était un chic type ce chirurgien, quand il n’avait pas un verre dans le nez. Donc … Laisser le temps à ses hommes de se reposer. Il leur accorderait deux jours pour relaxer. Dennis hocha la tête. C’était peu mais bien suffisant. Et elle s’occuperait de prévenir l’Impératrice. Il voulait lui-même remettre le corps aux parents de Flynn. Ça se ferait en passant par la haute ville. Et puis enfin, il pourrait aller mener le paquet encombrant au Palais de Cristal, il serait bien débarrassé et il pourrait ENFIN passer à autre chose. Parce que pour l’instant, il n’était pas question de faire le deuil de Flynn quand la seule envie qu’il avait était de coller une balle entre les deux yeux cette demi-portion de femme.

    -Euh … Darius … T’as oublié un truc.

    Il lança un regard froid à Denis, attendant qu’elle lui dise le « truc » en question. Ce qu’elle fit. Le grand colosse blond poussa un juron. L’anniversaire de sa mère … Il avait complètement oublié. Il avait promis qu’il passerait la semaine à la ferme. Il n’aurait jamais le temps de passer au Palais puis de revenir à temps pour le repas de famille.

    -Sacrée putain de merde, grogna-t-il.

    Denis fronça les sourcils. Elle avait déjà rencontré sa mère et, de l’image qu’elle s’en était faite, elle était toujours étonnée de voir que Darius soit capable de jurer malgré tout.

    -Écoute mon beau … c’est pas la fin du monde. Dans le message je nous retarde de deux semaines au maximum. Ça devrait pas poser de problème. Elle sait que tu peux pas t’échapper de ta mère.


    Ils réglèrent les derniers arrangements. Sa conseillère s’occuperait de tout. Il n’aurait qu’à laisser aller les choses. Il la savait compétente. Il pouvait se fier sur elle. Lâche, il s’assit dans l’herbe, face vers la colline. C’était de là que le bon dieu de garde du corps de la fille était arrivé. Quelques pas plus loin seulement qu’il avait embroché Flynn. Il ferma les yeux et les ouvrit quand un éclat de rire derrière son dos lui rappela la présence de son second.

    -R’garde donc ce qui se pointe là ! Ça pourrait te faire sourire.

    Et en effet, le rire de Darius se joint au rire gras de son camarade quand son regard se posa à quelques mètres de l’infirmerie sur Kami et la petite naine qui marchait, empêtrée, dans une chemise quatorze fois trop grande pour elle. Au moins. Il se releva, l’observa un moment. Kami avait essayé de remonter les manches en faisant des plis un peu partout mais elles n’arrêtaient pas de tomber et la sorcière passait son temps à essayer de les retrousser. Il remarqua qu’il n’était pas le seul à rire. Le malheur d’un ennemi fait toujours le bonheur d’un soldat. Seule Kami ne riait pas. Mais à son sourire en coin, il devinait qu’elle avait sans doute tout fait pour se retenir quand elle avait habillé la prisonnière. Et avec son sourire qu’elle essayait de cacher … elle venait vers lui. Il se redressa. La prisonnière essayait de ne pas le regarder.

    -Darius ! Il me faut ta ceinture.


    Il essaya pendant un moment de s’imaginer ce qu’elle voulait en faire. Fouetter la petite boulotte, peut-être. Il sourit. Probablement pour donner une allure moins lâche à la chemise, en fait.

    -Elle va pas être trop grande ? ricana-t-il.

    Kami lui fit les gros yeux.

    -Nah. J’ai fait le calcul. Son ... Sa taille … a le même diamètre que la tienne.

    -Tu veux dire son embonpoint ?


    Elle le fusilla du regard. L’autre, muette, n’avait même pas l’air d’Avoir entendu. Il rouspéta un peu mais défit sa ceinture pour la donner à sa technicienne, qui lui adressa finalement un large sourire. Elle le remercia et fit deux pas pour s’en aller, la naine toujours accrochée à elle.

    -Ah au fait … Tu ferais mieux de couper les manches. Ça pourrait être plus efficace.

    Key et lui ricanèrent encore un peu. Quoi qu’elle pouvait bien se prendre une pierre en pleine tronche en tombant, il n’en avait strictement rien à faire.

    Les deux jours de repos qu’il accorda à ses troupes leur firent à tous le plus grand bien. La prisonnière resta la plupart du temps enfermée dans le véhicule des deux médecins. Kami ou Denis s’occupaient parfois de la faire promener autour du camp, moments embarrassants pour tout le monde y compris que dans ces moments, tous les yeux étaient fixés sur la prisonnière, mélange de mépris, de dédain et de curiosité. Mais par-dessus tous les regards était celui du Lieutenant-colonel. Il craignait qu’elle ne prépare quelque chose. D’après Kami, elle n’avait rien dit depuis deux jours … Pour le temps du voyage, il la garderait près de lui. D’une, ça pourrait lui délier la langue. De deux, il l’aurait à l’œil en permanence.

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Maera Sedai
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MessageSujet: Re: Far away from home [Maera]   Sam 18 Déc - 1:38

Maera Sedai observait l’horizon depuis l’aube. Elle appréciait ses moments silencieux, paisibles, où les assassins dormaient et où le vent et la nature répondaient à son malheur par de jolis murmures et de réconfortantes images. La terre molle et humide s’insinuait entre ses orteils qui remuaient presque joyeusement. La brise matinale ébouriffait sa longue chevelure rousse et dorée et moulait la chemise que lui avait remise à contrecœur un homme gigantesque. Derrière elle, elle entendit vaguement le médecin Wells, qui lui avait proposé un peu d’air frais ce matin, se déplacer lentement.

Les pensées de Maera dérivèrent vers son ancienne demeure, vers sa vie passée qui avait éclatée en morceaux deux jours auparavant. Le cœur encore lourd, les lèvres tendues, l’esprit embrumé par la fatigue, la douleur et la mort, l’Ai Sedai vécut une énième fois la mort de son Lige. Elle vit la balle éjectée du canon pénétrer avec fracas dans le crâne d’Asham, le faisant exploser comme un melon alors que des fragments d’os et de cerveau fusaient dans les airs. Maera se met à frémir, puis à trembler. Ses yeux, tirés, bouffis, s’emplirent de larmes amères qui inondèrent rapidement son visage. La jeune femme multiplia les tentatives pour reprendre le contrôle de ses émotions, mais les sanglots incontrôlables ne semblaient jamais se tarir.

Son regard dévia vers un amoncellement de terre retournée, à quelques mètres d’elle, sous laquelle reposait le corps mutilé de son Lige. Aucun des assassins n’avait eu à cœur d’enterrer convenablement son homme, alors elle avait prit la décision de creuser la tombe avec ses propres mains, refusant la pelle que lui avait tendu la jeune fille répondant au nom de Kami. Les meurtriers l’avaient observée accomplir sa tâche, riant parfois, émettant des commentaires déplacés ici et là. Leur chef était également présent, la dévisageant longuement et silencieusement. Cet homme, une fois que Maera aura récupéré son pouvoir, paiera de sa vie la douleur effroyable qu’il lui avait infligée. Trainé Asham jusqu’à la fosse ne fut pas une mince affaire. L’homme était grand, pour les siens, et costaud. Puis, elle avait essayé de reconstituer le crâne abîmé du Lige. C’est donc les mains sales et ensanglantées qu’elle rabattit sur Asham la terre fraîche et, une fois sa mission achevée, elle ignora l’aide de Kami et s’enfuit se réfugier dans la cabine qui lui servait à la fois de chambre, de repère, de prison.

Ce matin, le commando poursuivait son chemin, laissant derrière la tombe d’Asham et la route menant au monde de Maera. Tous étaient tendus, Maera en ignorait la raison et ne cherchait pas à la saisir ni à la comprendre. Cependant, elle avait bien compris que les assassins étaient mal à l’aise face à son silence, qu’ils la dévisageaient de plus ne plus longuement, qu’ils murmuraient des propos à son encontre, qu’ils se méfiaient d’elle. Pourtant, elle était inoffensive comme une bête amadouée par cet affreux collier qui lui serrait la gorge, qui l’étouffait, l’hérissait.

Wells toussota, Maera se raidit, essuya d’un revers de main ses joues encore humides et se détourna lentement, dignement, reprenant la maîtrise parfaite de son visage. En retournant à sa cabine, elle vit le chef blond sortir de sa roulotte métallique, qui l’observait en faisant pivoter entre ses doigts gigantesques un poignard scintillant.

Les assassins levèrent le campement pendant que Maera était recroquevillée dans sa prison, fixant le mur et ne touchant à peine au petit déjeuner déposé sur une table de chevet par Kami. Quelques minutes plus tard, elle entendit le vrombissement de quelque chose, son semblable au ronflement d’une monstrueuse créature mythique, puis la roulotte dans laquelle elle était enfermée s’ébranla.

Les heures s’écoulèrent lentement, paraissant s’éterniser. À midi, les assassins s’immobilisèrent et se nourrirent, Kami vint lui porter une assiette fumante d’une mixture douteuse.

-Ah… t’as pas mangé les œufs que je t’ai faits? Avoir su, je t’aurais rien apporté.

Silence. Kami poussa un souper exaspéré.

-Tu sais, si tu ne manges pas… ya toujours un moyen de te faire avaler la bouffe de force.

La prisonnière ne bronchait toujours pas.

-Bon ben… j’suis aussi venue pour t’annoncer qu’à partir d’aujourd’hui tu vas dormir dans la roulotte de Darius… tu sais… celui qui a… euh…

Maera savait très bien qui était ce Darius, elle rêvait de lui trancher la gorge. Et dormir avec lui, n’était-ce pas là l’importunité tant attendue, la chance ultime de venger Asham? Si, ce l’était. Mais la proximité qu’impliquait cette cohabitation la remplissait d’horreur et de dégoût. Kami remplaça le déjeuner par le dîner, et partit mal à l’aise. Le cerveau en ébullition de Maera planifiait une quantité extraordinaire de plans machiavéliques dans lesquels ce Darius mourait d’une manière de plus en plus violente et sanglante.

Plus tard, alors que le soleil faiblissait, le meurtrier blond pénétra dans la chambre de Maera. Il fronça le nez en percevait l’odeur de renfermé, puis jeta un coup vif en direction du dîner refroidi sur la table de chevet. La coupure de lien avait provoqué chez Maera de multiples conséquences, dont la perte d’appétit. Kami et l’autre femme suivirent le grand blond et s’occupèrent de redresser Maera et de l’entraîner à l’extérieur.

-J’sais pas si faudrait que je la nourrisse par intraveineuse, se plaignit Kami. Elle n’a rien mangé depuis… depuis j’sais pas trop quand.

-Si elle tient à garder l’estomac vide, pourquoi l’en dissuader? Marmonna Dennis.

-Parce qu’elle mourra d’inanition avant qu’on atteigne l’impératrice, et Flynn sera mort pour rien.

Avant que l’une des deux femmes ne prennent une décision la concernant, Maera s’engouffra d’elle-même dans la roulotte du commandant. Elle était austère, composée d’un lit défait, d’une table surchargée de paperasse, d’une garde-robe entrouverte laissant apercevoir une quantité modeste de chemises et de pantalons. Un bruit derrière elle annonça l’arrivée d’un étranger. Elle s’entendait à ce que ce soit Kami ou Dennis, non l’homme qui avait abattu Asham.

Le géant blond referma lentement la porte derrière lui, se retourna et dévisagea Maera. L’habitacle réduit fit paraître le meurtrier encore plus grand, encore plus imposant, et son ombre surplombait Maera. Ses muscles semblaient tripler de volume, son regard perçant transperça l’Ai Sedai et celle-ci frissonna. C’était la première fois depuis quelques jours qu’ils se retrouvaient seuls, elle et lui. Elle, à sa merci. Lui, l’ordure qu’elle souhaitait éliminer.

Maera tripota le collier à son cou. Il était brûlant sous ses doigts, glacé sur sa gorge. L’Ai Sedai haussa les épaules, recula de quelques pas. Elle ignorait pourquoi l’homme demeurait ainsi, aussi immobile et silencieux, à la regarder. Puis, elle s’assit prudemment sur le matelas de l’assassin, autant parce qu’elle ignorait que faire et aussi parce qu’elle avait le tournis. La faim commençait à lui ravager le ventre, à lui dévorer la chair. Elle ferma les yeux et appuya son front moite contre ses paumes froides. Les pas lourds de l’homme l’informa de ses déplacements, mais elle ne releva pas la tête pour vérifier la distance qui les séparait.

La fatigue et la faim commençaient à l’affaiblir, à avoir raison d’elle. Elle ne souvenait plus du goût de la nourriture ni même du repos qu’apporte le sommeil. Elle avait tout oublié. Elle avait oublié sa voix, ses pensées, sa force, elle se laissait bercer par les flots du passé et de l’agonie, animée par la seule volonté de répandre sur la tombe d’Asham le sang infâme de ce Darius. C’était tout ce qu’elle désirait, tout ce qui l’animait.
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Domenic T. Darius
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MessageSujet: Re: Far away from home [Maera]   Mer 22 Déc - 15:48

La situation n’aurait rien d’agréable, il le savait. Ni pour elle, ni pour lui. Il avait fait venir plusieurs de ces sorcières dans sa chambre. Ça lui permettait de les surveiller, de s’assurer qu’elles ne tentaient rien de fâcheux. Mais en plus, les femmes, prisonnières, seraient prêtes à tout pour racheter leur liberté, même de coucher avec leur geôlier. Il avait toujours accepté ce genre de requête, mais n’accordait rien en échange, si ce n’était un traitement un peu moins haineux. Mais cette sorcière, cette salope qui se tenait devant lui, il n’avait aucune envie de la considérer comme un coup potentiel. Elle le dégoûtait jusqu’au plus profond de lui-même. Il la regardait et il voyait son ami, mort par sa faute. Par la faute de son « gardien ». Il connaissait un peu les coutumes de ce peuple damné. Il savait du moins qu’à chacune de ces sorcières était lié un gardien, parfois plus d’un. Il l’avait su parce que les femmes avec qui il couchait le lui disaient. Beaucoup croient que l’homme, la tête sur l’oreiller, a tendance à se laisser aller à la discussion, mais la femme ne vaut pas vraiment mieux à ce niveau là.

Il ne dormait pas cette nuit. À vrai dire, il ne dormait pratiquement jamais. À moins d’être saoul comme une souche et d’avoir une femme dans ses bras. Il se dopait constamment pour rester éveillé et alerte en plein jour; une erreur due à la fatigue, dans son métier, ça ne pardonnait pas. Ça donnait lieu à des situations critiques comme celle de l’autre jour. Sauf que là ça n’avait pas été la fatigue la cause, mais bien l’excès de zèle mêlé au show off de Flynn. Et cette damnée sorcière. Ils se trouvaient dans ce champ pour trouver des informations sur ces « monstres » aperçus par les paysans de la région. Si elle n’avait pas été là à ce moment, si le collier dans son cou ne l’avait démangé, il n’aurait pas su qu’elle était là. Ils auraient poursuivi leur route et rien de tout cela ne serait arrivé.

Il leva le regard de son bureau. En fait, il releva plutôt carrément la tête. Il somnolait à son bureau devant des plans de la région. Ça faisait plus de trois heures qu’il était là, tournant et retournant la situation dans sa tête. Une petite partie de la faute devait lui revenir. Forcément… Forcément. Il ferma les yeux, frotta son visage avec ses mains en soupirant. Puis il dressa l’oreille. La sorcière ne dormait pas. Son souffle n’était pas celui qui accompagne normalement le sommeil. Elle devait le tenir à l’œil. Il se tenait dans le faible éclairage d’une petite lampe de lecture qui n’illuminait qu’à moitié sa table de travail. Elle était entêtée. Elle voulait le tenir à l’œil, elle aussi. Il fit pivoter sa chaise. Il entendit la sorcière hoqueter. Connasse, songea-t-il. D’après ce que Kami lui avait dit, elle n’avait pas beaucoup dormi depuis sa capture. Ça lui passerait, certainement. Il avait vu ça souvent. Au début elles faisaient tout pour se laisser crever. La fatigue, la faim. Celle-là craquerait comme toutes les autres. Ou alors on finirait par la nourrir par intraveineuse. Mais même à cela, elle aurait l’air malade en arrivant chez l’Impératrice. Et Darius n’aimerait pas lui offrir un cadeau mal entretenu. Bah … Ils avaient convenu qu’il passerait quelques jours chez lui. Elle aurait le temps de se remplir l’Estomac une fois là-bas et de se remettre sur pieds. Sa mère avait des recettes incroyables qui vous remettaient en était dans le temps de le dire. Évidemment elle viendrait avec lui. Il fallait juste que d’ici là, il la convainque de se tenir convenablement. Il avait souvent fait ça, traîner des sorcières dans sa famille avant de se rendre à l’Empire. C’étaient à peu près les seuls moments où il pouvait voir sa mère et ses sœurs. Il faisait alors jouer le jeu à sa prisonnière qu’elle et lui étaient en couple. Il avait fait ça souvent. Ça s’était toujours bien déroulé. Mais avec elle … il doutait. Il faudrait qu’il la fasse parler d’ici à ce qu’ils arrivent à la ferme. Et ça c’était le plus dur. Au moins, il faudrait que lui, il lui parle. Mais pour l’heure, il n’en avait pas du tout envie. Il grommela, refit pivoter sa chaise mais cette fois pour s’en extraire et marcher vers la porte de sa caravane. Il la claqua, la verrouilla et s’arrêta sur le pas de la porte.

Devant le feu de camp, trois de ses gars montaient la garde et lui firent signe. Ils faisaient rôtir quelque chose – un petit animal – et buvaient de la bière. À vrai dire, le terme « monter la garde » c’était pour la forme. L’attirail technologique de Kami s’occupait de tout. Monter la garde, c’était un prétexte à se retrouver pour discuter et déconner, relaxer un peu. Darius s’approcha d’eux.

    « La p’tite te fait des misères ? T’as une sale tronche. »


Il ne répondit rien, se contenta de s’asseoir près du feu avec eux et demanda sans un mot qu’on lui passe une bière. Il la but d’un trait, écrasa la canette et la jeta à ses pieds. Il passa là près de deux heures, silencieux comme une tombe à écouter ses hommes lâcher des commentaires grossiers sur leurs dernières maitresses et les sales coups qu’ils avaient tirés. Ce ne furent pas les banalités échangées qui le détendirent, mais bien le fait de voir ses hommes un peu moins à cran. Le lieutenant-colonel ne desserra pas les mâchoires mais se sentait un peu mieux. Ils ne lui en voulaient pas. Pour eux, il était toujours Darius, un père, un frère et un ami. Rassuré après ce constat, il se leva, pris une autre canette de bière froide et l’emmena avec lui jusqu’à sa caravane. Il entra sans faire de bruit. Peut-être qu’elle dormait. Mais non. Elle était debout devant sa table et regardait les plans qu’il y avait laissés. La porte n’avait pas fait de bruit en s’ouvrait, mais en se refermant, elle fit sursauter la sorcière qui recula vivement jusqu’au mur.

Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, comme quoi c’était pas un secret d’état, les plans de la région, et qu’elle venait pas d’enfreindre une loi quelconque. Mais il laissa tomber le projet. Il n’avait pas encore envie de lui parler. Pas prêt. Il se contenta de se laisser tomber à nouveau très lourdement dans sa chaise de fortune et décapsula la bière. Il pensa la porter à ses lèvres mais au dernier moment il se ravisa. Il la tendit vers la sorcière.

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MessageSujet: Re: Far away from home [Maera]   Mer 29 Déc - 23:18

Il y avait des rivières qui zigzaguaient d’un point à un autre, des dessins plutôt représentatifs de forêts, de montagnes, de villes et d’océans. Visiblement, leurs procédés de cartographie étaient maintes fois supérieurs à ceux de son monde, et d’autant plus clairs et précis. Maera Sedai suivit d’un doigt la ligne bleue de la rivière du Danube, celle qui reliait sa prison temporelle à son ancienne vie extraordinaire. Si elle devait s’enfuir, c’est donc en suivant le tracé de cette rivière qu’elle parviendra à Fair Arbor, au portail, et enfin à son univers.

Mais comment s’enfuir? Comment se débarrasser de ce satané collier? Comment prendre congé de ce lieutenant démoniaque et de sa troupe barbare et rustre? Et comment le tuer, Lui? Comment, en effet, mener à bien la mission que l’Aes Sedai s’était confiée? Elle hésitait encore entre une mort douce ou violente, lente ou brusque? Comme elle aimerait manipuler à nouveau le pouvoir, sentir les flots la transpercer, la noyer dans un déluge de puissance et d’extrêmes sensations. Maera Sedai frissonna d’envie. Sans doute qu’Asham n’aurait guère apprécié les plans de son Aes Sedai, mais il était mort. Mort et grossièrement enterré dans une terre qui n’était pas la sienne, dans un pays et dans une époque qui ne lui appartenaient pas. Le tissage du destin devait déjà le préparer à une nouvelle vie, et Maera espérait sincèrement qu’il ait accès à une existence plus honorable que celle qu’il avait menée ici-bas.

Lorsque la porte du compartiment s’ouvrit sans avertissement, Maera Sedai ne retint pas son sursaut de surprise et se plaqua contre le mur. Elle ignorait exactement quelles étaient les émotions qui prédominaient dans son être quand son regard croisait celui du géant blond. Bien entendu, elle discernait du dégoût, de la haine, mais aussi… une sorte de curiosité envers cet homme différent. Le géant blond revint s’écraser lourdement sur l’étrange chaise tournante, manœuvra une petite boîte cylindrique argenté et dorée sur laquelle étaient inscrites des lettres immenses. Il fit mine de porter la boîte à ses lèvres, mais se ravisa et la tendit à Maera.

Cette dernière eut l’espoir que la chose contenait du poison, mais elle fut déçue de réaliser, en prenant la boîte, qu’il s’agissait d’une sorte de gourde métallique remplie d’un breuvage alcoolisé. Le goût était affreusement amer et hérissait ses délicates papilles gustatives. Maera Sedai ne buvait jamais de bière, n’y consentait que si l’occasion s’y prêtait. Elle se souvint, lors de son noviciat, que des apprentis-liges lui en avaient offert durant une soirée plutôt arrosée. Au matin, la maîtresse des novices l’avait découverte affalée parmi des hommes, tous ivres. Maera Sedai frissonnait d’horreur au souvenir du châtiment qui était survenu à la suite de cette nuit amusante. Elle jugea que la situation actuelle était excellente pour se laisser tenter par cet alcool infect… bien qu’une bonne bouteille de vin aurait été plus agréable.

De plus, son ventre émettait depuis quelques heures des gargouillements sonores, exprimant son désaccord d’être si peu nourri pendant une si longue période. Maera Sedai faisait fi de ces protestations virulentes. L’odeur de la nourriture lui donnait la nausée, la simple idée de mâcher et d’avaler lui retournait l’estomac. Pourtant, elle sentait la faim. Elle vida la cannette d’alcool et la tendit à son geôlier, tout en veillant tout deux à ne pas se toucher.

L’effet de cette consommation ne se fit pas prier. Maera Sedai sentit une chaleur se répandre dans sa poitrine, dans sa gorge et sur ses joues. Bientôt, ses jambes, déjà faibles, s’affaiblirent davantage, et la femme se laissa tomber sur le lit, enfouissant son visage entre ses mains froides et tremblantes. Comme elle l’espérait, l’alcool eut sur elle un effet apaisant, salutaire. L’angoisse et la douleur s’atténuèrent progressivement, mais ne disparurent jamais. Elles demeurèrent à l’arrière-plan de son esprit, prêtes à reprendre le contrôle au moindre frémissement.

Maera Sedai redressa l’échine et étudia longuement la silhouette de l’homme assis en face d’elle. Tout comme elle, il la dévisageait d’un regard perçant et dur. Maera Sedai ouvrit la bouche avec la ferme intention de parler, mais s’abstint au dernier moment. Elle n’avait pas envie d’élever la voix, ni d’adresser ne serait-ce qu’un simple mot au meurtrier d’Asham. Non, car à ses yeux, cet homme devait demeurer un monstre, une bête sans âme, sans émotion. Si l’Aes Sedait devait réaliser, par malheur, que cet horrible personnage possédait une parcelle d’humanité… alors le tuer deviendrait un objectif compliqué.

Au dehors, une douce musique retentit. C’était un son ressemblait au grattement d’un luth, et la voix qui accompagnait la musique était douce et grave. Maera Sedai se mit lentement debout et s’achemina vers la fenêtre de la roulotte. Au centre du campement, un homme doté d’un instrument plus imposant qu’un luth jouait et chantait. D’autres hommes vinrent entourer le musicien, ainsi que les deux seules femmes du commando. Dès que le chanteur terminait une chanson, un homme ne proposait une autre. Souvent, les paroles étaient trop rapides et confuses pour que Maera les discerne et les comprenne, mais elle parvenait à saisir que certaines de ces compositions étaient obscènes et crues, d’autres jolies ou tristes.

Asham avait une très jolie voix. Leur première rencontre était survenue alors que Maera était une Acceptée, en voie d’être une Aes Sedai confirmée. Elle revenait d’une leçon de Ombriella Sedai sur la maîtrise des flots d’eau alors qu’une voix magnifique, provenant d’une cour intérieure de la Tour, la mena jusqu’à un jeune homme. Asham l’avait alors aperçue, mais ne s’était pas tu. Toutefois, il l’avait gracieusement saluée d’un signe de tête. Après quoi, elle était souvent allée le rejoindre la nuit, pour l’entendre chanter. Et un soir, il s’était arrêté, l’avait dévisagée et enfin, lui avait proposé d’être son Lige une fois que Maera porterait le châle.

Oui, Asham avait une très belle voix, un très beau corps, une belle personnalité. Mais ce n’était plus qu’un cadavre, un cadavre qui lui avait promis la sécurité et la protection pour l’éternité. De grosses larmes s’échappèrent des yeux humides de Maera Sedai. Celle-ci maudit le lien rompu et tous les inconvénients que cela lui apportait. Elle ne voulait pas être faible, elle ne voulait pas montrer à l’assassin qu’elle était faible, affamée, agonisante.

Maera Sedai inspira profondément, s’essuya les yeux du revers de la main et se détourna de la fenêtre. Son regard croisa celui du géant blond. Alors, elle s’avança lentement vers lui, tendit une main et frôla délicatement la cannette de boisson sur le bureau… qu’elle poussa vers l’assassin.
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Domenic T. Darius
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MessageSujet: Re: Far away from home [Maera]   Sam 8 Jan - 23:54

Les yeux plissés, Darius l’observa longuement. Il observa comment elle réagissait à la boisson. Une petite rougeur sur les joues, rien de plus. Une petite lueur dans le regard, peut-être. Mais il ne faisait pas assez clair pour qu’il le remarque. Et il n’était pas assez éveillé pour remarquer quelque chose d’aussi subtil, de toute façon. En regardant la carte tout à l’heure, il s’était rappelé que lui et sa troupe feraient halte à la campagne. Il ne pouvait pas se permettre de passer à côté de l’anniversaire de sa mère. Celui d’une de ses sœurs ça pouvait passer – il en avait tellement – mais pas celui de sa mère. Et il se demandait ce qu’il allait bien pouvoir faire de la sorcière. Il refusait de la laisser seule avec ses hommes. Elle était sa charge, son devoir. Il avait la responsabilité d’avoir toujours l’œil sur elle. Il était responsable de ses faits et gestes. Mais comment l’emmener à la ferme sans attirer les soupçons. Il savait que sa mère aurait désapprouvé ce qu’il faisait de ces femmes. C’est pourquoi à chaque fois qu’il se rendait là, il parvenait à convaincre les femmes Quasar de faire comme s’ils étaient un couple. Ça cachait son véritable travail à sa mère, et ça la rendait heureuse de voir que son fils s’occupait de se chercher une femme. Un problème majeur s’imposait toutefois.

Cette maudite bonne femme n’accepterait jamais de jouer le jeu.

Pourtant il devait l’y contraindre d’une façon ou d’une autre. Devait-il privilégier la négociation avec la sorcière ? Peut-être qu’il pourrait lui promettre quelque chose d’improbable qui la convaincrait de fermer sa gueule devant sa mère. Mais il en doutait. Non. Elle était différente des autres. Avec elle, il aurait avantage à utiliser l’effet de surprise. Ne lui parler de rien. La mettre devant le fait accompli. Il pourrait se fier à sa famille pour qu’elle comprenne d’elle-même dans quoi on l’avait embarquée. Et il pouvait aussi se fier sur la bonhomie des femmes de sa vie et leur chaleur pour convaincre la sorcière qu’il valait mieux ne pas faire d’esclandre. Personne ne pouvait décemment avoir envie de briser le cœur de Polly Nelson. Personne.

Un bruit de glissement le ramena à lui. La sorcière était devant lui et avait poussé la cannette vide dans sa direction. Pendant un instant, il se demanda ce que ça voulait dire. Puis, lorsqu’il se contraignit à la regarder dans les yeux, il crut comprendre qu’elle en voulait plus. Ouais, songea-t-il. Ça lui déliera peut-être la langue. Il ressortit, mais cette fois l’emmena avec elle. Il la fit asseoir avec les gars qu’il venait à peine de quitter, lui ouvrit une autre bière et la lui mit dans les mains. Il lui en fit boire beaucoup comme ça. Son regard devint de plus en plus vitreux. Ses joues de plus en plus rouges.

Mais elle n’ouvrit pas la bouche pour autre chose que de bailler.

Le lendemain matin, dès l’aube, le convoi s’était remis en route. Après la pause du midi, il fut convenu que la prisonnière n’étant qu’une bouche de plus à nourrir, il faudrait qu’elle se rende utile de quelque manière que ce soit. On la plaça donc devant une cuve pleine d’eau savonneuse et de vaisselle sale. On la regarda faire le travail imposé, rouge de colère et d’humiliation.

    « La petite mère a pas l’air d’aimer se salir les mains ! » rigolèrent-ils.


Darius ne riait pas avec les autres. D’après lui, tout ce qui concernait cette maudite femme ne méritait pas le moindre sourire. Même son malheur. Au repas du soir, alors qu’il la surveillait de loin qui s’acquittait à nouveau de sa tâche, il crut voir ses lèvres bouger. Elle bougonnait. Mais lorsqu’il voulut s’approcher, elle le remarqua et cessa aussitôt. Pas muette, donc. Plus traumatisée. Elle est muette par obstination. Il trouverait bien le moyen de la pousser à bout. Il ne perdrait pas cette guerre du silence.

Il n’eut pas beaucoup d’efforts à faire pour y parvenir. Dès le lendemain matin, alors qu’elle torchait encore leurs déchets. Il venait seulement déposer son assiette sur la pile et il n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit qu’il reçut une assiette et une giclée d’eau sale par la tête. Il entendit à peine le cri de rage qu’elle poussa, surpris qu’il était par ce geste inattendu. Il écarquilla les yeux et comprit qu’il n’était pas seul dans ce cas vu le silence qui venait de s’installer sur le campement. Il comprit aussi que l’assiette s’était cassée et lui avait méchamment entaillé quelque chose au-dessus l’œil. Il s’essuya le front. C’était juste un peu au-dessus du sourcil gauche.

Il eut aussi droit à la plus belle volée d’insulte qu’il eut jamais reçu de sa vie. Même sa mère n’aurait pas su le sermonner avec autant de vigueur, pointer du doigt tous ses défauts. Enfin, la différence était flagrante; sa mère ne le détestait pas à en avoir envie de le tuer. Il eut un méchant sourire satisfait.

Il avait gagné la guerre du silence.

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MessageSujet: Re: Far away from home [Maera]   Mar 26 Avr - 18:06

Spoiler:
 

Un serment formulé devait être tenu. C’est en nourrissant cette pensée que Maera Sedai grandit. En fait, sa condition même d’Ai Sedai l’obligeait à respecter ses engagements, car n’avait-elle pas proclamé solennellement, et ce devant les Sœurs et l’Amyrlin, de ne jamais blesser quiconque avec son pouvoir ni de façonner des armes mortelles? Si, elle se souvenait précisément de son ascension au rang d’Ai Sedai.

Le vent était frais, l’hiver tardait à disparaître, les nuages noirs couvraient les cieux. À la Tour, les domestiques s’activaient en vue de la cérémonie alors que les Sœurs et les Liges présents dans la cité se paraient de leurs beaux atours. Maera songeait, alors qu’elle se coiffait devant le miroir, que la première chose qu’elle ferait en devenant une Sœur serait de lier à elle Asham, ce jeune apprenti-lige à la longue chevelure blonde et à la voix suave. L’Acceptée ne se doutait pas que quelques jours plus tard, on l’expédierait au loin pour une mission qui n’avait pourtant aucune valeur et qui tournerait au désastre.

Maintenant, alors que ses yeux étaient rivés sur le dos énorme et musculeux de l’assassin, elle réalisa que ses idéologies et promesses s’émiettaient. Depuis le meurtre d’Asham, Maera Sedai échafaudait des plans de plus en plus sanglants où le lieutenant-colonel agonisait sous les flux du pouvoir unique. Évidemment, si Maera Sedai devait venger son Lige, elle le ferait grâce au pouvoir. Elle s’imagina combien il serait délicieux de fouetter vivement cette chair ferme, de la tordre sous ses flux, de l’enflammer et de la broyer. Elle rêvait que cette tête blonde et hautaine éclate dans un tonnerre écœurant. Elle désirait ardemment que ce malsain individu souffre. Elle voulait l’entendre hurler, le voir se tortiller. Oh, si elle pouvait tenir le pouvoir unique… cet homme cesserait de la regarder avec autant de suffisance.

Il l’avait humiliée et détruite. Maera Sedai en ferait tout autant, malgré le temps que cela prendrait, malgré les efforts que cela demanderait. Darius mourra.

Les hommes du clan s’activaient autour d’elle. Certains lui lançaient des coups d’œil curieux, d’autres l’ignoraient superbement, quelques uns la foudroyaient d’un regard mauvais. La mort de leur compagnon pesait sur les consciences. Maera avait remarqué que les rires, souvent, étaient hésitants voire forcés. On lui imputait le meurtre de Flynn alors qu’au moment des faits, l’Ai Sedai s’enfuyait dans la direction opposée. La femme ne se sentait pas coupable, elle était convaincue que tout ce malheur n’était le fruit que de ce Darius.

La veille, la colère de Maera Sedai, l’Ai Sedai de l’Ajah bleue, avait éclatée. Elle ne se souvenait plus exactement ce que ses lèvres avaient crachées comme insulte, ni même comment les ustensiles s’étaient envolées, mais la joie morbide de contempler le liquide écarlate se répandre sur le visage du monstre l’avait animée. Depuis, quelques individus, dont la jeune Kami, avaient tenté de lui soutirer son prénom, mais Maera était redevenue silencieuse. Le lieutenant-colonel l’avait rebaptisée P’tite boule, mais l’Ai Sedai ignorait ce que cela pouvait bien signifier.

Le front de l’homme se teintait de jolies couleurs bleutées autour de la plaie recousue. Ayant grandi dans un monde où les blessures et les maladies étaient soignées par le pouvoir, l’Ai Sedai avait rarement eu la chance d’assister à des guérissons lentes, ni même de s’inquiéter d’infactation… d’infriction… d’infecsasion… d’infection? Elle souhaitait ardemment que cette petite plaie le démangeait. Comme elle voulait tenir le pouvoir unique. Elle le voyait au-dessus d’elle, se déployant, l’enveloppent de ses mandibules de pouvoir qu’elle ne pouvait saisir.

Sa main se porta vers ce sang et cendre de collier. Toutefois, ses doigts s’engourdirent et son bras au complet se mit à trembler alors qu’elle s’efforçait d’atteindre le bijou. Plus elle persévérait, plus l’engourdissement se métamorphosa en une sourde douleur. C’était impossible. Maera retira sa main, la palpa, constata qu’elle était incroyablement froide. Son regard cherchait ce Darius de malheur, et se rembrunit.

Le soir venu, alors que le campement était en place, que les hommes avaient mangé, qu’ils buvaient une canette de bière autour d’un feu ronflant et crépitant, que le meurtrier observait une carte géographique sur sa table dans ses minuscules appartements mobiles, Maera se risqua à se poster proche de lui. Il ne lui accordait aucune attention.

-Ou avez-vous eu ce médaillon?

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MessageSujet: Re: Far away from home [Maera]   Mar 3 Mai - 17:48

    Cette maudite femme … S’il pouvait même appeler ça une femme. C’était un bout de femme. Une miette de femme. Le pire morceau de ce qui constituait une femme. En temps normal, les femmes l’agaçaient parce qu’elles ne savaient pas quand arrêter de parler, mais celle-là, c’était tout le contraire. Elle ne disait rien – outre hier, la fois où elle l’avait accablé d’insultes qu’il n’avait pu toutes saisir – ne faisait rien. C’était une bougre de femme qu’il se serait fait plaisir à retourner sur ses genoux pour lui assener une fessée digne de ce nom, à s’en faire saigner les mains sur son postérieur diablement rebondi. De ce qu’il avait constaté, elle était très orgueilleuse. Ce genre de châtiment la ferait sans doute plus regretter d’avoir causé la mort d’un de ses soldats que la peine de mort. Quoi qu’il en soit, elle n’était pas digne, selon lui, d’entrer dans la collection de l’Impératrice. Sa place était dans une tombe. Creusée par lui-même.

    Elle ne lui avait rien fait de plus depuis qu’elle s’était mise en colère. En fait, elle n’avait strictement rien fait qui eut permis d’attiser sa colère à son égard. Pourtant, quelque chose le poussait à bout. Ce devait être la fatigue, l’ennui. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas vu sa famille. Ses femmes lui manquaient. Denis lui avait déjà fait remarquer que lorsqu’ils étaient à quelques jours de se rendre chez lui, il devenait fébrile, passait facilement de l’agacement à l’excitation. La situation présente ne devait rien améliorer à son humeur fluctuante.

    -Ou avez-vous eu ce médaillon?

    La voix s’était élevée de nulle part. Pendant un moment, il se demanda s’il avait bien entendu. Puis il se demanda qui avait parlé, et d’où provenait cette voix. La logique voulait que ça soit la sorcière qui avait parlé, mais ça lui semblait peu probable, après tout le temps qu’ils avaient passé à tenter de lui arracher quelques mots. Il leva le nez des cartes qu’il était en train d’étudier, recula sa chaise et la fit pivoter pour faire face à la petite femme. Même assis, il était presque plus grand qu’elle. Il la toisa un moment, les mains derrière la tête, et se demanda s’il devait émettre un commentaire sur le fait que sa langue s’était enfin déliée. Mais cela lui sembla mal avisé. Il préféra répondre à sa question comme si tout cela était très naturel. Peut-être qu’après, elle parlerait encore. Avec plus de facilité.

      « Une femme m’en a fait cadeau. »


    Il pensa que cette réponse suffirait. Après tout, c’était une demi-vérité. Une femme lui en avait fait cadeau une fois. Depuis, il lui en commandait de nouveaux chaque fois qu’il partait en mission. Mais même si cela avait été un mensonge éhonté, cela n’aurait pas eu la moindre importance à ses yeux. La vérité était une chose très circonstancielle dont il pouvait user à loisir. Il avait le sentiment de devoir la vérité à l’Impératrice, et à sa mère. Encore qu’avec sa mère, il pouvait user de mensonges pieux sans trop de honte, pour préserver l’image qu’elle se faisait de lui et la rendre fière de son fils unique, le seul homme qui ne la décevait pas encore totalement jusqu’à maintenant. Il devait la vérité à ses hommes, mais il ne leur disait pas tout. Certaines choses ne devaient être connues que de lui. Ses hommes n’avaient pas besoin de les connaître. Il devait la vérité aux officiers qui lui étaient supérieurs en répondant aux questions qui lui étaient directement posées, et pas plus. Et puis il y avait ses contemporains, ses amis, à qui il ne devait rien et à qui il pouvait mentir si le besoin était présent. Et finalement … il y avait tous les autres, dont la sorcière faisait partie, à qui il pouvait bien mentir sans le moindre scrupule.

      « Joli, tu trouves pas ? »


    Ce « tu » lui resta en travers de la gorge. En temps normal, il ne vouvoyait que l’Impératrice et les hauts gradés. Pourtant, ce tutoiement lui parut soudain une chose horrible, comme si pendant une fraction de seconde, il avait été proche de ce bout de femme. Ça avait été comme de toucher un ver du bout du doigt. Machinalement, sans y penser, il frotta son index contre la toile de son pantalon.


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If some night I don’t come home
Please don’t think I’ve left you alone
The same place animals go when they die
You can’t climb across a mountain so high
The same city where I go when I sleep
Can’t swim across a river so deep
Arcade Fire
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Far away from home [Maera]

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